Ronan Le Saux

Auteur photographe

Ma démarche photographique s’inscrit d’abord dans une liberté. Liberté de choix des sujets que je traite, liberté d’interprétation de la situation par l’image et une liberté d’évolution artistique.

Au nom de cette liberté, je revendique un certain éclectisme dans mon approche photographique, en fonction des sujets abordés. La prise de vue est d’abord guidée par une sensation, intuitive et spontanée, nourrie par le hasard, donc généralement dénuée d’artifices de mise en scène. Les sujets traités sont multiples, mais s’articulent le plus souvent autour de la thématique du rapport nature/culture, des liens entre l’homme et son environnement, d’un questionnement sur l’image photographique et ses liens avec d’autres médiums artistiques.

Ma pratique photographique est principalement fondée sur le travail par séries d’image. La série photographique me permet de poser une réflexion, en amont ou en aval de la prise de vue. Elle me fournit un fil narratif et donne du sens au geste photographique qu’elle inscrit dans une temporalité. En cela, l’influence du cinéma est particulièrement présente dans mon travail. Les séries font d’ailleurs fréquemment l’objet de montages dynamiques sonorisés en complément de l’image fixe et acquièrent ainsi un nouveau statut plus proche de la vidéo que de la photographie.

J’aborde l’image sous différents angles : sensible, esthétique, narratif. Le critère du « sensible » se fonde sur le fait, subjectif, que l’image cherche à provoquer les sens de celui qui la reçoit et déclencher une réaction – positive ou négative – qui fait écho à la sensation qui me guide à la prise de vue. Le critère « esthétique » tient dans la recherche (et le questionnement) du « beau » y compris sur des situations dont l’objet paraît banal, disgracieux ou suscite a priori le rejet. Cela peut passer par une transfiguration de la réalité par des techniques photographiques (flou, superposition d’images, exploitation des très basses ou très hautes lumières…), le plus souvent appliquées à la prise de vue, pour limiter voire supprimer le travail de postproduction (dans l’esprit de la pratique argentique dont je suis issu). Le critère « narratif » peut s’appliquer à une image seule ou à une série en invitant le spectateur à inventer son histoire. Il s’agit de jouer de l’image pour rechercher une poésie évocatrice.

Nourri de références nombreuses et éclectiques, je travaille autant en noir et blanc qu’en couleur, l’un n’étant pas exclusif de l’autre.

L’exposition « Anima » explore l’âme humaine à travers une statuaire issue de différentes civilisations. Ce n’est pas tant la matérialité de l’objet qui fait le sujet, mais son « intérieur », sa signification spirituelle, sa valeur morale ou sacrée. L’objet disparaît, se réduit à son essence même, presque abstraite. L’image se présente comme une radiographie de l’âme dont la statuaire n’est que le vecteur. Chacun se projette à sa manière dans cette représentation de l’âme et la vit avec ses propres valeurs. L’objet se mue en une représentation signifiante indépendamment de sa culture d’origine et de la croyance à laquelle il se rattache. Car l’âme humaine est une et multiple. Se soumettre à l’expérience des différences de représentation de l’âme par les civilisations dites « étrangères » conduit à s’ouvrir à l’indivisibilité humaine, à la compréhension du sentiment sensible de « l’autre » et à en saisir la proximité qui fait du « je » un « nous« .